L’île de la Cité et ses ponts : naissance d’une place-forte

Plan du Paris gallo-romain, échelle 1/25 000. Source : http://fernandbournon.free.fr/paris/livre-1-chapitre-01.php
Plan du Paris gallo-romain, échelle 1/25 000. © Fernand Bournon

C’est au centre du bassin parisien, sur l’île de la Cité scindant la Seine en deux, que va s’établir le foyer urbain de la ville de Paris.

Au milieu du IIIe siècle avant Jésus-Christ en effet (entre -250 et -225), soit en plein âge du fer, un peuple celte, les Parisii, s’installe sur l’île. Transformée en position de défense (oppidum), ils y fondent leur capitale : Lutèce (Lucoticia).

Il semblerait que l’urbanisation de l’île commence « au moins au Ier siècle de notre ère » (Pauline Boucard, in Dictionnaire historique de Paris), sous l’occupation romaine. Un premier mur d’enceinte est bâti autour de l’île, au milieu du IIe siècle. Telle est la première limite officielle de la Cité.

Costumes gaulois © Fernand Bournon
Costumes gaulois © Fernand Bournon

La traversée autrefois effectuée par le bac est assurée par de premiers ponts. Des taxes sont pratiquées aux échanges sur le fleuve (axe de circulation Méditerranée-îles Britanniques) et au passage des deux ponts existant alors, joignant les deux rives de l’île à la terre ferme.

Un mur de quai est construit pour l’aménagement des berges, attestant du trafic fluvial et de l’activité portuaire de l’époque. Les échanges commerciaux sont nombreux et l’on frappe en grande quantité de la monnaie, les stratères d’or ornés d’un profil humain ainsi que d’un cheval (au revers).

La corporation des bateliers (les nautes) occupe dans ce contexte une position dominante dans la vie prospère de l’île. Ces nautae parisiaei offrent même à l’empereur Tibère (14-37 ap. J.-C.) un pilier votif en l’honneur de Jupiter, révélant la collaboration entre Gaulois et Romains quant aux enjeux stratégiques et commerciaux du domaine navigable de la Seine.

Très vite, son statut d’île forteresse fera sa singularité et sa position déterminante de « bastion à prendre ».

© Fernand Bournon
© Fernand Bournon

L’histoire de ce statut remonte néanmoins au Ie siècle av. J.-C., quand en -53 Jules César décide le transfert de l’Assemblée des peuples gaulois entre Lutèce et Saint-Denis, c’est-à-dire probablement dans la plaine du Landit. L’empereur avait préalablement échoué à débarquer en Bretagne et à soumettre les Carnutes (l’un des plus puissants peuples gaulois établi à Orléans, dite Cenabum, et surtout à Chartres) et les Sénons (autre peuple celte établi à Sens).

Renforçant la position stratégique de Lutèce, César alla jusqu’à se rendre à la clôture de l’Assemblée, symbolisant l’importance que revêt pour lui la fidélité des Parisii à l’égard de l’Empire Romain. Cela n’empêchera pas ces derniers de rallier l’année suivante Vercingétorix, chef averne à la tête du conflit gaulois.

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© Dinosoria

Après sa victoire à Sens, le lieutenant Labienus entreprend la conquête de Lutèce, défendue par le vieux chef Aulerque Camulogène, disposant son armée sur les hauteurs de la rive droite, protégée par les marécages.

Si Labienus et ses légions ne parviendront pas à traverser le vaste marais qui borde la rive, ils parviennent à atteindre la rive gauche en feignant de se diriger vers Melun. Camulogène décide de détruire les ponts de l’île, se repliant sur sa place-forte. La bataille se terminera dans un bain de sang sur une victoire romaine.

Ainsi, quand les romains s’emparent de Lutèce, la ville est à reconstruire. On trace les deux axes de circulation majeurs de la Cité, à savoir le cardo maximus – la route nord-sud (actuel tracé des rues Saint-Martin et Saint-Jacques, avec un cardo secondaire sur la rive gauche, à l’emplacement du boulevard Saint-Michel) ; et plus tard le decumanus (axe est-ouest) recoupant les futures rues Cujas, Soufflot et des Écoles.

Dès le Haut-Empire (27 av. J.-C. sous Auguste à 284 ap. J.-C. avec l’élection de Dioclétien), une autre voie parallèle au cardo, conduisant vers Rouen, est construite sur la rive droite (emplacement de la rue Saint-Denis). Après le Grand-Pont, la route de l’Est (rues Saint-Antoine et Saint-Honoré) mène à Melun.

Ces routes sont larges de plusieurs mètres, pavées comme le veut l’usage romain de dalles de grés et bordées de villas. Leur vocation est essentiellement commerciale.

A l’époque gallo-romaine, la fonction portuaire de l’île de la Cité est maintenue, notamment son port près du Petit-Pont (vers la rive gauche). Elle abrite alors le siège de l’administration romaine. La rive gauche est en plein essors et voit la construction d’un Forum sur la montagne Sainte-Geneviève, un théâtre, des arènes (théâtre-amphithéâtre à scène à 36 étages de gradins) découverts lors de fouilles au XIXe siècle…

Paris gallo-romain. 1. Temple de Mars (Montmartre). — 2. Hauteurs de Ménilmontant, alors entièrement boisées. — 3. Ilot réuni sous Henri IV à l'île de la Cité. — 4. Ile de la Cité. — 5. Ile Notre-Dame. — 6. Grand-Pont. — 7. Petit-Pont. — 8. Mons Lucotitius. — 9. Lucotèce. — 10. Emplacement des Arènes de la rue Monge. © Fernand Bournon
Paris gallo-romain.
1. Temple de Mars (Montmartre). — 2. Hauteurs de Ménilmontant, alors entièrement boisées. — 3. Ilot réuni sous Henri IV à l’île de la Cité. — 4. Ile de la Cité. — 5. Ile Notre-Dame. — 6. Grand-Pont. — 7. Petit-Pont. — 8. Mons Lucotitius. — 9. Lucotèce. — 10. Emplacement des Arènes de la rue Monge.
© Fernand Bournon

Un réseau hydraulique à aqueduc alimentant les thermes (dont les thermes de Cluny à la fin du IIe siècle) est également mis en place, puisant dans les bassins de Rungis et Wissous. Ici encore, la corporation des nautes participe activement à l’urbanisation de l’île de la Cité et de ses environs.

Aqueduc d'Arceuil, reconstruit sous Louis XIII puis sous le Second Empire © Fernand Bournon
Aqueduc d’Arceuil, reconstruit sous Louis XIII puis sous le Second Empire © Fernand Bournon

Evengélisé vers 286 par saint Denis (le christianisme était alors marginal à Lutèce), la ville devra plus tard résister aux premières invasions barbares avec les Germains Alamans dès 275. S’ajouteront ensuite les Wisigoths, les Burgondes, les Francs et les Huns durant tout le Ve siècle, où Paris sera vaillamment défendu par les parisiens et l’illustre sainte Geneviève (422-502), jusqu’à l’avènement de Clovis. Ce dernier régnera dès 486 sur la ville de Paris, d’ores et déjà cœur des pouvoirs royal et religieux sur toute la partie nord de la Gaule.

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