La capitale sous les Mérovingiens : pouvoir, commerce et religion

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Geneviève, la sainte patronne de Paris, a 80 ans lorsqu’elle meurt, en 502. Le siècle précédent avait vu les Barbares profiter de l’effritement de l’empire romain pour charger. On raconte qu’alors qu’Attila (derrière le cheval duquel, dit-on, l’herbe ne repoussait pas) menait son impitoyable armée vers la Gaule, apparut Geneviève parmi les citadins affolés. Montée sur un tertre, elle aurait arrêté les fuyards et lancé : « Gens de Paris, mes amis, mes frères, on vous trompe. Vos prétendus défenseurs qui courent aux armes ne vous effrayent que pour mieux vous rançonner. Attila s’avance, mais il n’attaquera pas notre ville. C’est au nom de Dieu que je vous donne l’assurance. »

Attila et ses hordes, d'Eugène Delacroix, 1847
Attila et ses hordes, d’Eugène Delacroix, 1847

Attila se sera en effet détourné vers Orléans. Il y sera vaincu quelques jours après. Devenue patronne de Paris, elle la sauve de la famine imposée par Clovis en s’embarquant sur une petite flottille de bateaux de pêcheurs. Elle parvient à quitter la ville sous le siège des Francs, fait remplir les bateaux de grains et autres victuailles, puis revient « avec ses onze barques chargées de vivres ». Finalement, le siège de Paris s’interrompt sans mener la guerre par un accord entre les deux camp.

Dix ans après sa victoire sur les Romains à Soissons en 486, Clovis est baptisé à Reims par saint Rémi et en 508, le roi franc fait de Paris la capitale de son vaste Royaume.

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Paris se couvre d’églises, notamment sur la rive gauche : une église en l’honneur des apôtres Pierre et Paul en haut de la montagne Sainte-Genviève où Clovis se fera ensevelir, l’église Saint-Marcel ainsi que l’église de Saint-Julien-le-Pauvre (Grégoire de Tours y loge en 580). Son fils Childebert fondera quant à lui, en 543, la basilique Saint-Croix-Saint-Vincent (Saint-Germain-des-Prés), lieu de conservation des reliques royales. Nombre de couvents s’implantent également (Saint-Christophe et Saint-Martial pour les femmes, dans l’île de la Cité ; Saint-Laurent et Saint-Vincent pour les hommes, sur chaque rive de la Seine).

Sous Clovis Ier puis Childebert, la ville conforte ainsi son autorité politique et son influence religieuse : à titre d’exemple, six conciles y seront tenus dans la seconde moitié du VIe siècle.

Carte du Paris Mérovingien
Carte du Paris Mérovingien

En 585, un terrible incendie dévaste partiellement l’île de la Cité, cœur de la ville. Malgré tout, la vie y demeure intense et deux larges portes ouvrent la forteresse sur le tracé nord-sud du cardo. Celle-ci renferme les pouvoirs royaux, religieux ainsi que de premiers embryons de centres de renseignement. C’est également sous Childebert (Clovis meurt en 511, alors sacré roi des Francs rhénans) qu’est bâtie une des plus grandes églises de Gaule : la cathédrale Saint-Etienne, composée de cinq nefs et située à l’emplacement de la future cathédrale Notre-Dame.

Les ports et les foires de Paris sont toujours le haut-lieu des échanges commerciaux avec Auxerre et Rouen ainsi qu’avec l’Orient, comme en atteste la présence de marchands syriens et juifs. Près du Petit-Pont (au Sud de l’île), les orfèvres et les verriers ont leurs quartiers : « Sous Dagobert Ier et son ministre saint Eloi, célèbres tous deux par la chanson, Paris est prospère. Les marchands y font fortune. Les orfèvres y sont réputés pour leur vaisselle d’argent, les joailliers pour leur façon de tailler les pierres, les ébénistes pour leur habilité. Les foires de la ville sont courues. » (Pierre Courthion, Paris de sa naissance à nos jours, p. 15)

Dagobert Ier, de Émile Signol, 1842
Dagobert Ier, de Émile Signol, 1842

Les rues sont bordées de magasins du nord au sud. Paris compte le deuxième atelier d’émissions des monnaies après Marseille. On y frappe les trémisses, pièces d’or circulant en Gaule mais aussi en Angleterre. Sur la rive droite, c’est le port de la Grève (au niveau de l’actuelle place de l’Hôtel de Ville) qui concentre l’activité économique parisienne. Les églises Saint-Jacques-de-la-Boucherie (dont il nous reste aujourd’hui la plus tardive tour), Saint-Gervais et Saint-Jean-de-Grève sont construites sur les deux hauteurs de l’Est de la rive droite.

Partagée entre ses quatre fils (Thierry Ier, Clodomir, Childebert puis Clotaire Ier) à la mort de Clovis, Paris devient inévitablement l’objet des convoitises dans les rivalités entre les trois royaumes d’Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. A la mort de Childebert, ses successeurs (Clotaire et Caribert) se déchirent. Aussi, à la mort de Caribert, Paris capitale devient-elle le bien commun de tous les royaumes mérovingiens et renforce son autorité politique avant d’être délaissée progressivement dès le règne de Clotaire II (584-629), roi de Neustrie puis Bourgogne-Austrasie.

Carte du Royaume des Francs ©Epiais-Rhus
Carte de la Gaule ©Epiais-Rhus

Sous les rois fainéants, surnommés ainsi pour leur errance de palais en palais, « disettes et famines ravagent la cité. Pris de pitié pour les indigents et les malades, saint Landry, évêque de Paris et administrateur du diocèse, fait construire un hôpital d’accueil, l’Hôtel-Dieu. Pour secourir les trop nombreux pauvres, le roi Clovis II (638-657) est contraint de dépouiller le tombeau de saint Denis des lames d’argent dont son père Dagobert l’avais fait recouvrir » (idem).

Les victoires sur les champs de bataille jouent la balance entre les trois royaumes : l’Austrasie d’abord, avec la victoire de Pépin II de Herstal, maire du palais à Tertry (687). L’axe dominant de la vallée de la Meuse et de la dynastie des Pippinides s’en trouve renforcé, affaiblissant la Neustrie et Paris sous le règne de Thierry III.

Jusqu’en 737, se succèdent les derniers Mérovingiens (Clovis IV, Childebert III, Dagobert III, Thierry IV). Charles Martel, duc d’Austrasie et fils de Pépin de Herstal, meurt en 741 et son fils Pépin III le Bref se fait élire roi à Soissons en 751, ouvrant le nouveau règne des Carolingiens, sous lequel Paris sera réduite au statut de ville de second rang, Pépin le Bref puis Charlemagne n’y venant qu’au passage, en « surveillant pressés ».

Pépin le Bref, de Louis-Félix Amiel, 1837
Pépin le Bref

C’est néanmoins sous ces empereurs d’Occident négligeant en apparence la cité parisienne que Paris, après s’être couverte d’églises sous le Mérovingiens, se couvrira de quelques deux cent écoles…

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