Une petite histoire du Sentier

Rues du Caire et d'Aboukir ©Cparama
Rues du Caire et d’Aboukir ©Cparama

Le Sentier est à cheval entre les quartiers du Mail et de Bonne-Nouvelle. Ce dernier est le plus petit et le plus populaire du 2e arrondissement – lui-même le plus petit arrondissement de Paris. Le quartier Bonne-Nouvelle fait 28 hectares circonscris entre le boulevard Sébastopol, la rue Etienne-Marcel, l’axe des rues Montorgueil-Poissonnière ainsi que le boulevard de Bonne-Nouvelle.

Au début du XXe siècle, on y recensait près de 30 000 habitants, soit la plus forte densité de population parisienne. Cette densité est due à une forte offre d’emploi sur place, attirant de nombreux ouvriers qui s’entassaient dans un habitat étroit.

De nombreuses rues et passages furent construits sur des terrains ayant autrefois appartenu à des couvents et confisqués en 1789 sous la Révolution. Un exemple fameux est celui du passage du Caire, jadis les jardins des Filles-Dieu. Le couvent avait été fondé par Saint-Louis en 1226 (date du début de son règne) et abritait une « cour des miracles » : les sœurs l’abandonnaient en effet aux pauvres, aux mendiants, aux exclus.

On peut délimiter son ancien emplacement entre les actuelles rues de Damiette et des Forges. Une fois l’enceinte Charles V – construite à partir de 1357 sous l’impulsion d’Etienne Marcel – détruite en 1634, on perça les rues d’Aboukir et de Cléry. Le lieutenant-général de police, Nicolas de La Reynie, reçut alors de Louis XIV l’ordre de « vider l’endroit de tous ses mendiants, voleurs et assassins ».

La butte Bonne-Nouvelle, au nord, était au départ appelée la « butte au moulins », ou la « butte aux gravois », car on la considérait formée par les immondices déposées par les Parisiens depuis le Moyen-Âge. Sa forme actuelle date du XVIIe siècle et conserve encore la plupart de ses vieilles maisons si caractéristiques, ainsi que l’église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Cette dernière fut maintes fois reconstruites, entre 1563 (la première chapelle, détruite en 1591 avec les maisons de la butte lors du siège de Paris par Henri IV), 1628 où la première pierre d’une nouvelle église fut posée par Anne d’Autriche, femme de Louis XIII, et 1823.

Enfin, l’axe des rues Poissonnière, des Petits-Carreaux et Montorgueil est celui, naturellement, du chemin des Halles et des vendeurs des Quatre Saisons.

Quant au Sentier, cœur trépidant d’un quartier de Paris ‘sans eau, sans gaz et sans électricité’ (Jacques Prévert), celui encore « des marchands de quatre saisons, des crieurs de journaux, des commis et des cousettes […] celui des concierges sans âge, des médecins des pauvres, des prêtres dévoués […] des cages d’escaliers ténébreuses et poussiéreuses, des couloirs humides, des voûtes écrasante » (Meryam Khouya), il s’est développé vers le milieu du XIXe siècle, à partir de la rue du Sentier et des rues adjacentes.

Ce furent les fabricants de tissus venus d’Alsace (d’où la rue de Mulhouse), du Nord et de la Normandie qui lui donnèrent son impulsion en y installant leurs marchandises et leurs fabriques. Plus à l’est en revanche, vers la rue du Caire, on retrouvait les petites mains occupées dans les ateliers de confection.

C’est donc une belle complémentarité qui donna son ton singulier et une relative autonomie au Sentier durant de longues années, survivant encore malgré la disparition des petits métiers. Sa continuité dans le quartier du Mail fait part, quant à elle, d’une tradition plus ancienne de deux ou trois siècles.

« La palette de ses activités commerciales il y a un siècle se lit sur les photographies. Rue des Jeûneurs se trouvaient des fabricants de dentelles, de paillettes, de boucles, d’agrafes, de boutons de chapeaux de paille, de plumes, de cravates, de doublures, de faux-cols, de draps, de foulards, de layettes, de tulles perlées, de devants de chemises, de chenilles (passements de soie veloutée), d’étoffes pour ameublement, de ‘brodé à la main’, de ruches (bandes plissées de tulle ou de toile) au voisinage des marchands de satin de Chine et d’alpaga, de corsets, de boucles, de draps… Dédale de voies étroites ponctuées d’enseignes agressives, le Sentier s’est vu reprocher son manque de goût et ses extravagances. Mais c’est ce qui fait tout son charme, dans une étonnante cohabitation du passé et de l’avenir. Ce souk effervescent qui s’étend autour de la place du Caire est un modèle unique à Paris… et au monde ! »

Meryam Khouya, « Mémoires des rues Paris 2e arrondissement 1900-1940 »

Collection "Mémoire des rues" ©Parigramme
Collection « Mémoire des rues » ©Parigramme
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